Dans la culture populaire, on montre souvent le viol comme la backstory d’une femme forte (mais aussi un accident, la perte d’un parent ou d’un enfant, le harcèlement, les violences conjugales…). Le fameux “ce qui ne me tue pas me rend plus forte” ou “c’est un mal pour un bien”.

Comme si on était obligée de subir le pire pour être une battante…

Comme si le bien ne pouvait découler que du mal….

Vous ne trouvez pas que la vie est déjà bien assez complexe en tant que femme sans en plus devoir passer obligatoirement par la case “traumatismes” de tout type pour avoir de la valeur et être considérée comme forte ?

Dans le coaching, sans aller jusqu’au viol, ça se manifeste par le fait de remercier les personnes toxiques qui ont soit disant contribué à nous rendre plus fortes. Je suis carrément contre ! En coaching, tu ne m’entendras jamais te dire “ce que t’a fait subir ce supérieur t’a permis d’en sortir plus forte”. 🤢

Flash info : subir un traumatisme est destructeur

Je ne suis pas d’accord avec cette “théorie” d’abord parce que c’est nier le fait qu’un viol, une agression ou un harcèlement, ça traumatise, ça détruit, ça dévaste.

De plus, il est indispensable de laisser les victimes guérir et apprendre à vivre avec le traumatisme qu’elles ont subi. A quel moment dire à une victime “tu as vécu un trauma, ça va te rendre plus forte” va l’aider à aller mieux ? On est vraiment sur une injonction à devenir forte en plus de ça…

Tu ne dois ton succès qu’à toi-même : ne remercie pas ton bourreau

Ensuite, ça veut dire que même ton succès, tu le dois aux hommes qui maltraitent (oui, car bien souvent le traumatisme est perpétré par un homme). C’est une inversion de responsabilité que je trouve scandaleuse.

Tu ne leur dois rien et surtout pas un merci. Si tu as subi un traumatisme, tu es une survivante et c’est UNIQUEMENT grâce à toi que tu as réussi et MALGRE ce viol, ce harcèlement, ces violences.

J’ai aussi beaucoup de mal à entendre certaines personnes dire “si tu n’as pas souffert, tu ne connais rien à la vie”. Je trouve cette posture méprisante et je te pose une question : penses-tu qu’on fait la même remarque aux hommes ?

Tu es forte MÊME si tu n’as pas subi de traumatismes (et heureusement !)

Enfin, ça veut dire qu’être forte n’est possible qu’après avoir subi un traumatisme, après s’être reconstruite. On entend souvent “après tel harcèlement, elle est devenue plus forte” ou “sa vie dure a fait sa force”. On en profite alors pour dédouaner les harceleurs

Je déteste ça.

Tu peux être forte parce que tu te fais confiance, parce que tu connais ta valeur, parce que tu te bats.

Une abonnée me disait en story “je n’ai pas vécu de trauma, je ne peux pas être forte”. Tu vois comment les  croyances s’immiscent de manière insidieuse dans notre manière de penser et de nous représenter ?

Tu n’es pas obligée d’être une survivante, Dieu merci ! Tu peux être forte sans avoir subi un viol, du harcèlement ou un drame dans ta vie. Et heureusement !

La pop culture perpétue cette “théorie du traumatisme” pour être une badass

Des exemples, il y en a plein dans la pop culture :

  • Thelma et Louise
  • Jessica Jones
  • Lisbeth Salander dans Millenium
  • Kill Bill
  • Lara Croft (Origin Story)
  • Catwoman
  • Sansa Stark dans Game of Thrones…

Il y a aussi les femmes présentées comme superficielles qui deviennent plus réfléchies et spirituelles après avoir subi un viol. Dans un autre style, on retrouve parfois les nice guys qui protègent les femmes du viol dans Gossip Girl ou les Frères Scott (des séries pour ados donc le stéréotype est ancré tôt dans l’esprit).

Le fait que la culture pop nous rabâche cette “théorie” est à la fois ignorant, irrespectueux des victimes et même dangereux (n’hésitez pas à consulter le compte Instagram Préparez-vous pour la bagarre qui en parle régulièrement).

Tu as probablement déjà croisé des personnes (la plupart du temps des hommes mais il peut s’agir de femmes) qui voulaient te rendre la vie dure pour te renforcer.

  • Dans les études, il y a des profs qui rabaissent les élèves pour les “motiver” à faire mieux et à prouver leur valeur. C’est une bêtise sans nom…
  • Ça existe aussi en entretien ou dans le travail : déstabiliser la personne pour soit-disant qu’elle donne le meilleur d’elle-même.

Pour moi, c’est surtout un moyen de passer à côté d’excellents profils, de les casser et de promouvoir les requins qui écrasent les autres pour réussir et perpétuent cette façon de faire.

Et si la pop culture évoluait sur ce point ?

Pour ne pas te laisser sur un point négatif, je te conseille la série Ginny & Georgia. Au premier abord, c’est un soap léger en mode teen movie, mais la série traite de sujets plus profonds comme le racisme, le harcèlement, l’anorexie, l’automutilation ou encore le viol. On y retrouve Georgia, 30 ans, mère célibataire de deux enfants, Ginny, 15 ans et Austin, 9 ans.

Attention : la suite spoile une partie de l’intrigue. Arrête-toi là si tu n’as pas vu la série et que tu souhaites le faire.

Dans l’épisode 7 de la saison 1, Georgia révèle à sa fille Ginny qu’elle a été violée par son beau-père lorsqu’elle était adolescente (c’est d’ailleurs la raison de sa fugue à l’âge de 15 ans). S’en suit un dialogue intéressant entre la mère et la fille, qui résume parfaitement l’incongruité de la théorie “il faut avoir subi des traumatismes pour être forte” :

Ginny : “Je suis désolée pour ce que tu m’as dit. Qu’on a abusé de toi. C’est pour ça que tu es aussi forte ?”

Georgia : “Parce qu’on a abusé de moi quand j’étais jeune ? Non je ne suis pas un personnage de Game of Thrones. Si je n’avais pas dépensé autant d’énergie à cogiter sur les horreurs que j’ai vécues, j’aurais été bien plus forte. Et je serais devenue présidente.”

Et toi, connais-tu des héroïnes badass de la pop culture qui n’ont pas subi de traumatismes ? Dis-le nous en commentaire !